Nymphe, la chair et l'image
Par G-Johnson, samedi 25 octobre 2008 à 14:23 :: PHOTO :: #240 :: rss
On a beau ne pas comprendre le monde qui nous entoure, nous y sommes bel et bien rattaché. La seule façon d'y échapper quelques minutes c'est cette petite fenêtre intemporelle qui varie entre 2 heures et 5 heures du matin. Cela s'appelle le RÊVE. Nymphe échappe à notre monde réel en se plongeant dans ses rêves certainement plus de 3 heures par jour et en ramène même des photos. Elle a bien voulu défier la réalité pour nous en dire plus...

Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je suis une petite fille qui ne comprend pas bien son époque et qui se réfugie dans le rêve.
Quelles sont tes motivations et inspirations ?
En ce qui concerne mes motivations, je ressens de fait de créer comme un besoin vital, avant même de manger et de dormir. Je me sens comme un oiseau en cage qui aurait la possibilité d’entrouvrir la porte… Après, peut-être s’agit-il juste de se tromper soi-même. Je n’ai jamais trop trouvé ma place, je bascule entre des extrêmes depuis que je suis enfant. Si j’ai un refuge, il s’avère que c’est celui-là. Une sorte d’endroit confiné et innocent où j’entreprends de construire quelque chose. Quand je ne m’investis pas dans une production, je me détraque.
Mes inspirations sont multiples. Je suis assez fascinée par la période dada-surréaliste. Mon travail serait toutefois plus rattaché à l’approche artistique des surréalistes que celle des artistes du dada. Ils puisaient leurs créations dans les rêves, l’inconscient, inventant des formes nouvelles et riches, racontant des histoires saugrenues, privilégiant le hasard. La fin des années 70 et le début 80 m’ont également marquée dans ce que cette époque avait de « bricolé » : la musique, la vidéo, la photographie plasticienne et d’autres. Je crois que j’aime ce côté authentique du bricolage, du do it yourself.
Qu’essaies-tu de faire passer au travers de tes photos ?
J’aimerais que les gens plongent dans le rêve et se confrontent à leur réalité.
Mes photos se placent à la limite de l’abstraction, par le travail focalisé sur les textures, par le renversement et la profondeur de champ étroite. Le spectateur est confronté à une lecture en deux temps :
D’abord, il est question de chercher ce que dégage la photographie avant de s’attacher à ce qu’elle représente. Dans un deuxième mouvement, une fois qu’on s’attache à la représentation – ou à la composition - la photographie peut prendre un sens tout à fait autre et dégager quelque chose de totalement différent. Je pense en particulier à la série Fleisch - produite sur l’idée du « reste », de ce qui nous reste du corps après la mort. À première vue, les photographies peuvent être rattachées à une représentation florale assez solennelle, dans un espace atemporel. On pense : la fleur qui s’élève après le corps, liée à la terre, la poussière ; ou encore, la fleur qu’on laisse pour la mémoire. En s’approchant un peu, on se rend compte que les fleurs sont en fait des compositions faites de viande, de coutures apparentes englobant des dents et des ongles. Des restes de corps, physiques. L’objet est donc passé de beau à morbide au travers de cette lecture en deux temps.
Comment choisis-tu les thèmes et pourquoi ?
J’ai plusieurs axes de travail, mais celui qui est aujourd’hui le plus abouti et que j’ose montrer, c’est cet ensemble de séries autour de la suspension et du renversement. Je m’impose donc déjà cette contrainte avant d’attaquer le « vrai » travail. Ensuite, je réfléchis à la matière que je vais aborder, de façon à obtenir tel ou tel rendu, sur la texture, la transparence, l’opacité, etc. Enfin, je calcule la place de la lumière, qui viendra clôturer le tout et y mettre du relief.
Je vais donner un autre exemple : je pars avec l’idée d’un travail autour de la transparence. Je me dis : « travailler avec des méduses serait idéal ; le côté translucide et fibreux, qu’on peut appréhender de façon intéressante avec la lumière, etc.», je projette l’image de la photographie que j’aimerais réaliser, mentalement, puis j’étudie l’idée avec des croquis (c’est quelque chose que je fais rarement), et me demande comment, enfin, obtenir ce résultat sans utiliser de méduses. C’est là le problème. Le processus de bricolage me porte jusqu’à l’idée de structures de colle. Que crée ces structures en m’inspirant toujours de la forme des méduses mais en gardant un libre arbitre. C’est là que je produis Medusae. La série exploite bien les notions de transparence et de lumière, et les gens me demandent très souvent la matière utilisée.
Où peut-on voir tes travaux ?
Pour le moment, on peut en voir une partie sur Internet. La plateforme qui les regroupe le mieux, selon moi, est Flickr. J’ai longtemps été assez frileuse concernant l’idée d’ « exposition virtuelle », mais j’ai fini par considérer Internet comme un moyen plutôt sympa pour faire connaître son boulot, artistique, musical, etc. Du coup, j’ai envahi un nombre important de plateformes. Ceci dit, étant peu sûre de moi, je reste assez en retrait. Il y a encore certains travaux qui ne sont connus que de mon disque dur, d’autres qui vieillissent sur des films pour lesquels je ne me suis pas encore donné le temps de les tirer sur papier.
Peux-tu nous parler de tes influences artistiques ?
Comme je le disais, je m’inspire beaucoup des surréalistes. Je fais flotter des figures bricolées dans un espace indéfini, neutre, atemporel. Elles s’imposent au spectateur. Elles ont une dimension poétique et intouchable.
Je ne saurais pas rattacher ma pratique à un courant ou à un artiste en particulier. Je pourrais dire bien sûr que ce renversement de la photographie qui la range à la limite de l’abstraction peut renvoyer à Kandinsky lorsqu’en rentrant chez lui il retrouve sa peinture sur le côté et que cela le mène à la création de la première aquarelle abstraite. Plus généralement, en photographie, j’aime les travaux de Man Ray, puis Diane Arbus, Joel Peter Witkin, Francesca Woodman, Sarah Moon, et j’en passe. En photographie plus contemporaine, j’aime ce que fait Elina Brotherus, la poésie un peu amère qui se dégage de ses travaux, c’est mon dernier véritable coup de cœur.
Je pense au final avoir une démarche photographique très attachée aux arts plastiques.
Des projets pour l’avenir ?
Oui bien sûr, mais trop peut-être ! J’ai beaucoup de projets, pas toujours évidents à concrétiser, mais j’essaie. Concernant ces séries que je montre, je travaille actuellement sur les dispositifs de présentation, de façon à pouvoir les exposer exactement comme je voudrais.
En parallèle, je continue mes productions, sur ce sujet que je présente, ou d’autres totalement différents. Je n’ai pas envie de m’enfermer dans cette simple pratique de « renversement & suspension » et ai d’autres axes de travail à approfondir, en cours. J’ai quelques collaborations qui se concrétisent également et j’ai hâte de voir ce que ça va donner.

Liens Web :
© www.myspace.com/nymphedark
www.flickr.com/photos/n_ymphe/collections
http://nymphe.blogg.org
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