Syn-, le corps et l'esprit
par G-Johnson, vendredi 14 novembre 2008 à 09:25 | MUSIQUE | #285 | rss
Je pense que Syn- est prêt, prêt pour faire la musique qui accompagnera les prochains films de David Lynch et ses comparses. A la première écoute des ses bandes expérimentales, que ce soit pour son projet Syn- ou Manolo on Juliet avec son frère, nous sommes transportés dans une autre dimension faite de légendes, d'indicible et de claustrophobie. C'est une "musique" pour initiés cela ne fait pas de doute. Si vous cherchez un support musical pour sonder votre âme, Syn- pourra certainement vous y aider... en attendant il revient sur son parcours au travers de nombreuses sonorités.
© PeeAsH (portrait syn-)
Peux-tu te présenter et comment sont nés tes projets ?
J'ai monté avec mon frère (E.5131) un groupe rock « The Subdued Light » en 93, qui dura cinq ans. Autodidacte, je composais les morceaux à la guitare électrique et lui écrivait/chantait les textes. On nous parlait alors de ressemblances avec les Stooges, le Velvet Underground, Sonic Youth (que nous sommes allés découvrir). Cela a splitté au moment où cela devenait intéressant : manque de stabilité parmi les cinq loulous.
Je me suis alors lancé seul en travaillant mon jeu à la guitare électro-acoustique et ai rencontré sur les bancs de la fac, mon ami Renaud Paumero/InBloom (peintre et graphiste) avec qui je collabore toujours et Agnès Castel qui avait écrit une adaptation théâtrale de Fahrenheit 451. La collaboration a ainsi débuté lors de « Nuits de la poésie » où j'improvisais des ambiances à l'acoustique et, rapidement, nous avons travaillé avec une troupe pour jouer sa pièce. C’est à cette occasion que j'ai utilisé pour la première fois un séquenceur pour créer des ambiances martiales et industrielles.
Les commandes musicales se sont enchaînées pour des expositions, des pièces de théâtre, des vidéos et mon intérêt, pour l'interaction lumière, son et mouvement, s'est développé.
J'ai alors crée le collectif/label PRASCA dont le projet est de réunir les différentes formes d'art et j'ai choisi le pseudo SYN- du préfixe "syn-" qui évoque l'idée de réunir/ le point de correspondance entre l'espace et le temps.
Comment procèdes-tu lors de la composition des morceaux ?
Je fais quelques recherches historiques en relation avec les commandes qui me sont proposées afin de m'imprégner des univers et approcher de l'essentiel.
Ensuite, je m'isole et passe à de la recherche sonore jusqu'à me sentir habiter par un son, une ambiance. Il en va de même pour l'instrument, je me laisse guider par les accidents, la musicalité et l'émotion qui sont générées : le point de départ est l'improvisation sur un thème, un riff et cela peut durer 1heure, 1 jour, ... je plonge jusqu'à avoir la sensation que j'y suis et je remonte alors avec mon trésor…
Lorsque j'ai enfin « fait mon marché », j'utilise les ingrédients et les épices comme on cuisine selon l'humeur et le savoir du moment. En règle général, c'est plutôt intuitif.
Je commence ainsi à scénariser des suites d'événements, à chercher les ouvertures, à les mettre en contact et écouter/voir comment cela réagit.
Ton univers c'est quoi ?
Mon univers, souvent hypnotique, se réfère à la nature, à l'homme et au rêve, parce que tout y est possible même ce que l'on ne peut pas croire.
J'aime naviguer dans des sphères plutôt douces et chaleureuses, appelons ça des errances folks et électroniques ambiantes, c'est ce que je propose par exemple à la compagnie de danse Version originale, et bientôt Pasarela, avec lesquelles je travaille, puisqu'il s'agit de spectacles qui se jouent à l'hôpital notamment.
Le but du jeu est de faire oublier l'électronique, la filtrer de sorte à ce qu'elle soit plutôt une caresse organique.
Dans d'autres cas, j'utilise l'électronique à d'autres desseins et elle me conduit à des errances plutôt sombres et inquiétantes. Les compositions se déchaînent aussi parfois violemment dans un univers tribal post-industriel et sont traversées par des guitares électriques. Toutes mettent en résonance des sons de sources naturelles (enregistrements de bruits, voix..) et artificielles (sons numériques) et envoient à leur tour des images.
Je n'ai pas intégré le chant. La voix, quand ce n'est pas exclusivement de l'instrumental, est plutôt narrative et des choeurs l'accompagnent.
Certains chroniqueurs ou auditeurs se réfèrent, lorsqu’ils cherchent à me définir, aux univers de E. Neubauten, aux auteurs de S-F, de bandes dessinées, ou encore aux dévas.
Chacun a son expérience d'écoute et peut laisser libre cours à son imagination.
Ton parcours ressemble à quoi ?
Ma première participation à un spectacle vivant remonte à mon enfance… quelques étés, au « son et lumière » du château d'Amboise en Touraine. On se marrait à changer de rôle quatre ou cinq fois dans la soirée: mon préféré était celui du petit fou du roi même si jouer le jeune François 1er, et monter sur le cheval c'était la classe ! On était plein de mômes… on se couchait tard… l'espace du château était à nous !
Ont suivi de nombreux déménagements, mais j'ai gardé un intérêt pour le spectacle comme espace de liberté.
Les différents projets, une quarantaine depuis quinze ans, m'ont permis d'assouvir un besoin d'expression toujours aussi intense et d'améliorer ma pratique en solo ou avec d'autres musiciens au travers des festivals, des pièces de théâtre d'anticipation, fantastique, classique et sociale; en travaillant avec des danseurs et par le biais de commandes pour des artistes contemporains.
Cela s’est joué entre Poitiers, Bordeaux, La Rochelle, Cognac, Nantes, Tours, Paris et Berlin.
Mes productions musicales sont toutes le fruit de collaborations au sein du collectif Prasca. Elles associent différentes formes d'art : musique, littérature, arts plastiques, théâtre, danse et vidéo.
On peut suivre cette évolution musicale au fil des années :
Le premier album plutôt acoustique ambiant « une histoire comme une autre » (2001) est la concrétisation de la collaboration peinture, musique et écriture avec Inbloom et Agnès Castel qui fut présentée sous la forme d’une exposition de tableaux. C’est l’histoire, de la rencontre à la séparation, de deux amants
Mon deuxième album « matières premières » a été nominé Qwartz Expérimental 2005; les deux pièces ‘Eau’ et ‘Bois’ ont servi à des installations pour les plasticiennes Julie Legrand et Camille Rossi. Il est purement électronique ambiant et ne constituait au départ que la matière première (d’où le titre) de l’album « Manolo on Juliet ». Nous avons bien fait de le presser !
Le troisième « Manolo on Juliet », sorti cet été, est issu d'une collaboration avec E.5131, l’auteur des textes, et reçoit un très bon accueil. Différents styles se croisent, de l'acoustique à l'électronique en passant par du post-industriel. Manolo, personnage à la marge, en est le fil conducteur.
À côté de ça, j'ai récemment pris place au sein de deux formations: en tant que bassiste dans Aube L (Paris), groupe post-rock et tant que guitariste dans Dead Sexy betty (Nantes), groupe post-punk.
J’aime créer une musique riche en atmosphère et génératrice d’images presque cinématographiques. Je suis très amateur des films fantastiques muets d’où une attirance pour le ciné-concert.
J'ai été récemment qualifié de punk romantique ; ) pourquoi pas.

© InBloom (album Manolo on Juliet)
Tu penses quoi de la scène dans laquelle tu gravites ?
La scène expérimentale est très vaste, comme les autres genres musicaux; peu importe la forme, ce qui m'intéresse, c'est d'y trouver de la poésie.
Maintenant, je ne me sens pas appartenir à une scène en particulier.
Je ne suis pas un performer régulier; les occasions se font de plus en plus rares… il est difficile de mettre en place des spectacles pluri-disciplinaires lorsque les structures d'accueil ne proposent bien souvent qu'une scène frontale où les moyens d'expressions se trouvent limités: pas de place pour les danseurs, la vidéo, etc... sauf dans les lieux institutionnels qui ne s’ouvrent pas, je crois, si facilement aux spectacles actuels…
Dans ce cas de figure, la meilleure place pour le public c'est peut-être sur un matelas dans le noir.
S'il s'endort c'est bien aussi.
Tes plus grand souvenir de live (en tant que spectateur) ?
À Poitiers, j' ai eu quatre électrochocs exactement:
au Garage à Vélo en 96: Dog faced herman's (je n'en ai pas dormi de la nuit tellement nous avons éprouvé de la joie et de la transe );
au Confort Moderne: Nerve (Tom Holkenborg (Junkie XL) & Phill Mills) où deux mecs pieds nus démarrèrent à capella devant un mur d'enceintes avant de prendre les guitares et d'évacuer une rage.. j'en ai encore froid dans le dos.
Neurosis où on a fini en transe sur 30 minutes de « cleanse »…
mais le révélateur de ce que vers quoi je tendais fut le spectacle total « Mezclador » de Von Magnet au confort Moderne à Poitiers en 1997: nous étions cernés de toutes parts dans un univers poétique et lyrique, transpirant l'humanité.
C'est sous cette forme que je voulais intervenir à ce moment-là : à la fois musical, théâtral, dansé, la scénographie éclatée...
Mon plus beau souvenir sur scène a été lors de notre performance Perf'fusion où évoluaient lumière, comédiens, danseurs, plasticiens et musiciens sur plusieurs scènes réparties dans une chapelle. Nous passions en première partie d'une soirée que j'avais organisée pour faire jouer Von Magnet.
Lors d'un passage plutôt poétique où je jouais de la guitare acoustique accompagné d'une violoniste et d'un pianiste dans un halo de lumière, une fillette est sortie du rang des adultes plongés dans l'obscurité et est venu donner le mouvement en tourbillonnant comme un dervish tourneur. Instant magique partagé par tous.
À l’issue des deux concerts, coupure générale d'électricité, tout le monde s'est réfugié dans la partie bar et s'est mis à taper des mains et à chanter, sur les rythmes de Von Magnet, en choquant les canettes de boissons sur les tables pendant une dizaine de minutes dans le noir total. Grand souvenir.
Comment organises-tu ta promo ?
Je suis donc en autoproduction avec mon label Prasca et InBloom crée les visuels des pochettes d’albums, des affiches et flyers avec les photos que nous prenons et sélectionnons au sein du collectif.
Nous avons créé un press-book incluant un cd-r mis à jour que j'envoie aux medias spécialisés, aux programmateurs, etc..
J'utilise la boutique du site Prasca, le distributeur Ototoimusic, la plateforme Qwartz et pour l'instant essentiellement deux disquaires: « Souffle Continu » à Paris et « Staalplaat » à Berlin mais ce sont surtout les sites internets communautaires qui me permettent de communiquer rapidement en relayant les chroniques d'album et les événements auxquels je participe.
Le nouvel album « Manolo on Juliet », tout comme « matières premières » et « une histoire comme une autre », étant les fruits de collaborations différentes mêlant musique, peinture, écriture et arts plastiques, sera aussi dans quelques libraires généralistes et d'art contemporain.
La promo n'est malheureusement pas très poussée : d'une part j'ai choisi avant tout d'être musicien ; or, les activités de mises à jour de sites/promo/diffusion/ etc.. représentent un temps de travail considérable. D'autres part, en tant qu'artiste qui ne se cloisonne pas à un genre en particulier, il m'est difficile de me connecter à des réseaux spécialisés que j'affectionne pourtant.
Tes influences ?
Cela a commencé par la découverte de la guitare très tôt, je devais avoir 4 ou 5 ans, qui m'a servi assez vite de marteau puisque je l'ai brisée contre un mur... peut-être que l'album de « Sea, Sex and Sun » de Gainsbourg que j'avais demandé m'avait trop excité... à moins que cela soit « Supernature » de Cerrone et la magnifique pochette...
Les années sans guitare se sont écoulées alors que nous écoutions beaucoup de musique à la maison : de la musique classique en 33 tours ; vers 9 ans j’ai découvert « Pierre et le loup » de Prokoviev et son univers tellement animé; j'étais fasciné chaque soir par les choeurs « we don't need no education » des enfants dans Another Brick in the Wall de Pink Floyd, puis tout en écoutant Pop corn de Gershon Kingsley, nous frappions comme des malades nos coussins en guise de batterie et on courrait à en perdre haleine, dansant comme des indiens, sur Let's dance de Bowie ou Nomi song de Klaus Nomi !
Voilà mes premières attaches musicales.
Après on grandit, et on s'ouvre toujours, encore : j'écoute beaucoup de musique... les plus marquantes : John Coltrane, Thelonious Monk, Art Zoyd, Steve Reich, Moon Dog, Noir Désir, Treponem pal, Ministry, Von Magnet, Wild Shores, Labradford, Mazzy Star, le Velvet Undergound, les Young Gods, the Jesus Lizard, Steve Von Till, Barry Adamson, Sonic Youth, The Doors, la musique sépharade, le blues…
mais aussi Akira Kurozawa, Tod Browning, Carlotta Ikeda, Franz Von Stuck... enfin, la liste est longue et s’allonge un peu plus chaque jour.
Je m’inspire beaucoup du silence, de la nature et de mes émotions.
3 grands producteurs que tu respectes ?
Pour l’ouverture, l’intensité et la finesse du son: David Weber, Steve Albini et Norscq. Ce dernier a d’ailleurs masterisé mes deux derniers albums et j’en suis très honoré.
Des projets pour l'avenir ?
Un nouveau spectacle intitulé « Histoires à danser debout » avec la Compagnie de danse Pasarela sera présenté en 2009. Sur le même principe que notre précédente création « Êphe & Ïna », qui tourne depuis deux ans (plus de cinquante dates) c’est un duo dansé/multimédia qui se joue sur 1m2 donc pour les plus petits espaces : chambre d’hôpital, maison de retraite, salle de classe… On partira de contes et de comptines que tout le monde connaît, un travail sur la mémoire collective, des histoires que tout le monde a pu partager à un moment donné dans sa vie. Il y a un réel échange avec les personnes et c’est très émouvant.
Avec le groupe Aube L et Dead Sexy Betty, nous continuons sur notre lancée : faire de la scène et bosser de nouveaux morceaux.
En ce qui concerne le projet SYN-, je me nourris de thèmes qui feront l’objet d’un quatrième album… l’idée est là, reste à construire.

SITE PRASCA
http://syn.prasca.org
Sur Myspace :
www.myspace.com/synarchives (base d'archives et actu)
www.myspace.com/synanton (projet Manolo on Juliet)
Collaborations en cours :
BASSISTE: Aube L
www.myspace.com/aubelalvee
GUITARISTE: Dead Sexy Betty
www.myspace.com/deadsexybetty
DANSE (with Cie Version originale):"Êphe & Ïna"
www.myspace.com/epheetina
THEATRE (with Cie Ringolevio) Clotilde du Nord de Calaferte
www.myspace.com/cieringolevio


Marre de la TV, regardez plutôt















Commentaires
1. Le dimanche 25 janvier 2009 à 22:40, par Lesbiche
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