Vincent Bordet, photographe, pour qui l'essentiel n'est pas consensuel
par Sophie.G, mardi 25 novembre 2008 à 13:25 | PHOTO | #311 | rss

Ce qui m'a plu dans le travail de Vincent, et que je retrouve chez bon nombre de photographes nordiques que j'apprécie, c'est justement cette capacité d'aller à l'essentiel en photographie. Pas de fioritures, l'image est brute, directe, parfois violente, mais sans être gratuite, envoyée dans la face du spectateur un peu comme un pavé de mai 68 à la tronche d'un CRS. Après, tu réagis, ou pas. Et bien moi j'ai réagit, de suite, en lui proposant une itv parce que j'avais envie d'en savoir plus sur son travail et plus précisément, sur sa série en cours "Wild". Une série, que je trouve politiquement incorrecte et qui me parle profondément. Et mon choix de ce premier diptyque issue de la série en question n'est pas innocent. En effet, ce diptyque soulève une polémique sur le forum Holga. Preuve qu'encore et toujours, et grâce à de jeunes photographes comme Vincent qui osent, la photographie reste un médium qui interpelle, fait réfléchir et que tous les ressentis sont dans la nature, aussi sauvage soit-elle, et s'expriment. Et bien voyez-vous, cette idée, d'appartenir à un monde non consensuel, où chacun réagit encore à quelque chose, et notamment dans le cas présent, à ce qu'il voit, me ravit au plus haut point. Alors merci à toi Vincent, de mettre le feu aux poudres, car tout ce qui en ressortira ne pourra être que positif pour la communauté des photographes et la création photographique, plus globalement. Interview.

Vincent, peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je suis graphiste de profession et photographe amateur et passionné. J’ai toujours été attiré par l’image et c’est en 2006 que je me suis remis à la photographie en découvrant le travail de Cyril Auvity (alias Soreal). J’aime la narration et la composition de ses polaroids. Par mimétisme et par dégoût du numérique, je me suis mis au polaroid et de fil en aiguille, j’ai découvert la photographie « cheap ». La photographie cheap, de part sa simplicité, m’a permis de me concentrer sur l’essentiel : l’émotion que je veux transmettre au spectateur. De plus en plus, mes photographies sont un constat, une critique de la vie quotidienne où rêve, réalité et humour (parfois pinçant) s’entrechoquent. J’aime quand les images interrogent…
De part ton parcours, penses-tu être avant tout un photographe avec un œil graphique ou un graphiste qui fait de la photo ?
Au début de mon expérience, j’aurai dit un photographe avec un œil graphique… mais plus le temps passe et plus je conçois mes images comme des support à message… je suis systématiquement attiré par des ambiances, des détails, des scènes, … qui sont oniriques et qui (m’)évoque quelque chose.
Comment est née l’idée d'une série comme « Wild » et ensuite, l’association de tes deux images ?
Je n’ai que rarement des idées de série… je photographie au jour le jour et parfois des images s’assemblent naturellement et une série se crée. Ensuite je pars à la recherche de nouvelles images pour l’étoffer et raconter une histoire.
Je trouve personnellement l’ensemble de tes photos très épurées, et notamment celles de ton journal photographique, est-ce volontaire ou plutôt inconscient ?
J’ai toujours aimé les choses simples et efficaces, je n’aime pas les fioritures pour meubler un propos. Dans la photo c’est pareil…
Si tu devais choisir une de tes photos qui résumerait à elle seule ton travail ou illustrerait le mieux ton style, ce serait laquelle ? Difficile de répondre… je suis encore en train de façonner mes choix et mon style photographique. A l’heure actuelle, je dirais le diptyque avec le matelas bleu et le caleçon à motif (cf : série Wild). Pourquoi ? Car j’aime les diptyques pour raconter une histoire et j’aime le côté décalé à la limite du politiquement correct de cet assemblage (NDRL c'est aussi mon préféré ;).

Plus globalement, que cherches-tu à faire passer au travers de tes photos ?
Très bonne question…
A la sempiternelle question, « et la technique dans tout ça ?», tu réponds quoi ?
Trop de technique tue la photographie ! j’aime comprendre comment les choses fonctionnent, mais je ne me prends pas la tête avec. Ça me gonfle les mecs pour qui la technique est aussi importante que la photo en elle-même. Une bonne image est une image qui raconte une histoire avec des émotions. C’est pour ces raisons que je ne travaille qu’en argentique. Le grain et le rendu de celui-ci ont plus de caractère que le rendu «plat» du numérique.
Peux-tu nous parler de tes influences artistiques ?
Mes influences sont assez variées. En photographie, j’aime beaucoup le travail de Franck Juery, Yann Orhan, Liza Ryan, David Hamilton, les Krims … la liste est longue ;) La musique avec des artistes tels que Cat Power, Bjork, Portishead, Cocorosie et dernièrement .Cut (merci Cultcrusher !) m’inspire beaucoup. Tout comme l’art contemporain sous toutes ses formes…
Où peut-on retrouver tes travaux ?
Sur mon site (www.vincentbordet.com) ou sur des sites du style flickR, et principalement sur le forum hOlg4.org.
Des projets pour l'avenir ?
Tout plein !!! j’aimerais finir une série que j’ai commencée sur noël (les féeries oubliées) et j’ai deux trois projets en tête mais encore assez vagues dont une recherche sur l’irréel et l’idée du rêve en utilisant le flou…
Question subsidiaire : si je te dis « cultcrusher », tu me réponds ?
Désolé mais je viens tout juste de découvrir ce webzine… je n’ai pas encore assez de recul pour en parler de longues heures et en même temps ce n’est pas mon fort… ;)
Premier coup de œil très alléchant ! un contenu varié et de qualité… et hop dans les favoris et à consommer sans modération.


Photos © Vincent Bordet


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