Peux-tu te présenter et comment est né Syrphe ?
C-drík Fermont (alias Kirdec), musicien, compositeur et producteur.
J'ai commencé à produire de l'industriel et du noise en 1989 avec le projet Črno klank, puis très vite dans diverses formations telles que Axiome, Ambre, Ammo, Dead Hollywood Stars, Moonsanto sur Ant-Zen, Hushush, Ad Noiseam, Mad Monkey Records, Gun Music, Hymen et de nombreux autres groupes et labels.
Syrphe est né en Belgique en 2001/2002 des cendres d'un label cassette que j'avais lancé dans les années 90 (Sépulkrales Katakombes).
La première sortie était une collaboration avec le label Canadien Hushush qui m'a proposé de financer en partie la sortie de mon premier disque solo (C-drík - Dissolution). Le label est resté inactif pendant quelques années mais en tant que producteur j'organisais sous ce nom épisodiquement des concerts en Belgique et aux Pays-Bas où j'ai résidé.
En majorité des artistes venant d'Asie (Goh Lee Kwang et Lau Mun Leng de Malaisie, Yan Jun et Wu Quan de Chine, Contagious Orgasm du Japon, Bubblyfish de Corée du Sud/États-Unis) et quelques autres, c'était assez aisé d'organiser cela dans le squat ou je vivais ou d'autres alentours.
Le nom Syrphe me servait aussi pour le studio d'enregistrement, ce qui est toujours le cas.
Autrement, depuis les années 80, j'étais assez fasciné par ce qui se passait dans des régions du monde autre que l'Europe de l'ouest et l'Amérique du nord. Je collectais des cassettes, des disques d'Amérique latine, d'Afrique du Sud, d'Europe de l'est, du Japon tout en me disant qu'il devait bien y avoir d'autres artistes ailleurs et ailleurs encore.
C'est devenu une obsession et j'ai commencé à avoir de plus en plus de contacts grâce à internet (avant, tout ce faisait par courrier postal et échange de flyers, cela fonctionnait aussi mais de manière bien plus laborieuse, lente et moins efficace) mais aussi parce que j'ai commencé à voyager il y a 5 ou 6 ans dans certains de ces pays et y jouer.
J'ai alors décidé de collecter des adresses, rencontrer un maximum, de personnes et produire, en plus de mes projets, des artistes principalement issus d'Asie et d'Afrique qui sont en général sous-représentés dans le domaine expérimental ou électronique (à l'exception du Japon et doucement de la Chine) et dans bien d'autres domaines d'ailleurs.

Comment prends-tu contact avec tous ses artistes étrangers ?
Je voyage et tourne beaucoup, surtout en Asie pour ce qui est des zones extra-européennes et suis donc amené à rencontrer de nombreuses personnes lors de concerts et festivals notamment. C'est un de mes principaux moyens en plus des connexions sur internet.
J'essaie de créer des réseaux via des listes de mailing, des groupes en ligne, je passe beaucoup de temps à explorer la toile, envoyer des messages.
La communication est la clé de tout ce processus, quel que soit le médium de employé.
Toutefois, je pense qu'il est important de pouvoir rencontrer les personnes en chair et en os dans la mesure du possible.
Il est clair que lorsque je me trouve dans un pays, je rencontre des personnes investies dans ce domaine, qui elles-même me présentent ou parlent d'autres acteurs de la scène ; ce type de rencontre ne se fait pas toujours de manière évidente via le net.
Cela m'a amené au départ à faire de courts voyages en Turquie, en Thaïlande et puis à réaliser une tournée de six mois et Extrême-Orient et Asie du sud-est, de me retrouver au Moyen-orient ou au Maroc par la suite.

C'est quoi ton univers ?
C'est un labyrinthe organisé en structures ressemblant à des méandres surréalistes.
Un univers fait de stress, de courses contre la montre et d'urgences.
C'est aussi une route qui se diriges vers des destinations multiples.
Malgré l'impression d'organisation que je donne, je ne suis pas toujours un modèle d'ordre et de rangement, je suis même parfois totalement chaotique et impulsif, sautant de projets en projets et ma tête est souvent trop pleines d'idées et prêtes à exploser.
J'ai tendance à commencer trop de projets à la fois, alors je ne dors plus beaucoup.
J'ai mes obsessions, comme ces productions d'Asie et d'Afrique par exemple mais bien d'autres encore et je n'en démords pas.
À côté de cela je suis submergé par un tas d'autres choses de la vie : le véganisme/végétalisme, la cause animale, les droits des enfants, le féminisme, les droits des animaux tout comme les droits des humains, l'écologie, la politique, la philosophie, la sociologie, la sémiologie, l'histoire, la culture. J'essaie d'analyser tout cela, je lis beaucoup et cela transparaît de plus en plus souvent dans ma musique.
J'ai souvent l'impression d'être déconnecté de ce monde qui nous entoure ou d'être dans une autre bulle tellement je suis à des lieues, voire des univers de la majorité des gens.
Tout cela m'inspire...
Au final, je vis à la fois entouré mais seul également. C'est étrange.



Ton parcours ressemble à quoi ?
J'ai eu en partie une formation classique lorsque j'étais adolescent. En solfège, percussions, déclamation, etc.
Et puis plus tard j'ai suivi des cours d'électroacoustique/acousmatique en Belgique après avoir suivi d'autres formations en art.
Je n'ai pas terminé ces études pour diverses raisons, j'ai d'ailleurs terminé peu d'études et le seul diplôme d'études supérieures que j'ai reçu a volé dans une poubelle car ce domaine me dégoûtait et me dégoûte toujours (la publicité).
J'ai souvent travaillé seul, appris seul, produit seul, malgré le fait que je bosse dans de nombreuses formations et apprécie les collaborations qui sont souvent riches d'expériences et de partages.
J'ai réalisé très tôt qu'un tas de projets ne pouvaient pas être établis correctement ou difficilement finalisés si je ne les concrétisais pas en grande partie en solitaire. D'une part, de nombreuses personnes n'étaient pas prêtes à suivre mes obsessions, voire tentaient de m'en éloigner, d'autre part une partie de ces connaissances ou ami(e)s n'étaient pas prête à s'investir à fond. J'ai donc pris les choses en main et "monté' le plus gros de mes projets seul (le label Syrphe, les tournées et concerts, les rencontres, etc.) en me débrouillant comme je le pouvais en investissant temps et argent, en ne dépendant que très rarement d'infrastructures officielles sans pour autant rejeter d'éventuelles propositions et collaborations de bien aimables personnes (pour la distribution, la réalisation de pochettes, la production, les tournées...telles Kyronn à Paris, One Man Nation à Singapour/Rotterdam, Agnès Gilson à Mons, Nicolas Chevreux à Berlin, Aluviana à Ljubljana, Yan Jun à Pékin, B6 à Shanghai, Dickson Dee à Hongkong et tant d'autres) ou de structures officielles malgré tout, comme le centre de langue française au Laos qui m'a admirablement soutenu dans un petit projet de concert avec le musicien traditionnel et professeur Khamsuane Vongthomkhan à Vientiane par exemple.
J'avoue avoir toujours une certaine méfiance par rapport aux établissements officiels, peut-être est-ce un tord, mais j'ai au moins le mérite d'avoir réussi à ne dépenser quasi que mes deniers dans cette aventure.
Il semble pourtant que je sois doucement amené à collaborer plus souvent avec des organismes culturels dont certains liés à l'état ; je verrai ce qu'il en résultera. Il m'a fallu des années de travail, de voyages à travers le monde, de recherches, de lectures, maintenant, voilà, le labeur (qui est tout de même un plaisir) porte doucement mais sûrement ses fruits.
À côté de cela bien sûr j'ai été produit et suis toujours produit par de nombreux labels et réalise des masterings pour des artistes.
De part le passé, j'ai pas mal travaillé avec des enfants et des personnes handicapées lors de formations audiovisuelles en réalisant des décors sonores avec eux/elles (surtout avec l'association Blanc murmure en Belgique et des écoles primaires et secondaires), un peu bossé pour des génériques télés (RTBF, Télé Sambre en Belgique) et pour des décors sonores pour le théâtre et la danse (en Belgique avec Les théâtres du mercredi, Giovani Guzzo, Frédéric Flament/Charleroi-Danses et d'autres, au Vietnam avec le Đáo Anh Khành (Dao Anh Khanh) Studio, en Chine avec le GDMDC) et continue toujours dans cette direction, parallèlement aux autres projets.
Les travaux vidéos réalisés avec Blanc murmure ont été publiés sur cassette vidéo à tirage confidentiel. Un seul des travaux visuels (une vidéo expérimentale de Črno klank réalisée par Gisèle Pape) pour lequel j'ai collaboré a été édité sur dvd par Ad Noiseam, mais la compilation a très vite été épuisée. Nous avions même gagné le prix de la meilleure création sonore et musicale dans un festival de courts-métrages (Côté court à Montreuil) pour cette oeuvre.
Je réalise en certaines occasions des installations sonores, mais ce n'est pas fréquent.



Comment distribues-tu les disques ?
Il sont en vente directe sur mon site et sur Discogs.
Sinon, je contacte des distributeurs et vice versa un peu partout, y compris ceux qui ne prennent que de petites quantités ou font des échanges (je distribue des disques de mon côté également), je passe directement chez des disquaires lorsque j'en ai la possibilité.
Cela me permets d'avoir une distribution étendue aussi bien à Bruxelles qu'à Singapour, Tel Aviv, Pékin, Beyrouth ou Montréal par exemple.
C'est un travail laborieux car je fais presque tout seul au sein du label, mais cela ne me déplaît pas.
Certaines boîtes de distribution m'aident cependant énormément, comme Kokeko à Paris par exemple.

Comment organises-tu la promo de tes groupes ?
Cela dépend.
Certains de mes groupes ne sont pas produits par Syrphe ou Textolux (le sous label) et ce sont donc parfois d'autres labels qui me promeuvent (ceux précités mais aussi Puzzling Records et Independenza Recordings par exemple).
Donc, pour certains de ces projets, je suis un peu moins investi dans la promotion. Toutefois, il est évident que j'en fais beaucoup aussi.
Certains labels ont tellement de groupes à promouvoir qu'ils se focalisent essentiellement sur les plus gros artistes et au final, je me booke plus souvent qu'eux ne le font. Pour d'autres, eh bien, j'envoie pas mal de promos à la presses, des radios, des projets à des lieux (salles, galeries) ou bien on me contacte.
J'ai avec le temps développé un bon réseau un peu partout sur la planète, cela me permet de pouvoir planifier des tournées et d'autres projets avec plus d'aisance qu'il y a quelques années.
Tout cela me prend bien sûr beaucoup de temps et d'énergie, de l'argent aussi à l'occasion, mais cela me plaît.
De plus en plus de personnes me contactent afin d'organiser des tournées, surtout pour l'Asie ou de l'Asie vers l'Europe, mais également dans les pays de l'est où j'ai pas mal bougé ou en Europe du nord. J'en suis flatté mais je ne suis pas un tour manager et ne puis systématiquement satisfaire la demande au vu du temps à investir, mais je le fais volontiers lorsque j'en ai la possibilité (dans le futur proche, je publierai en ligne une liste de contacts, ce qui m'allègera la tâche).



Tes influences artistiques
Difficile d'être clair et concis. Même si j'écoute énormément de musiques électroniques et expérimentales dans le sens le plus général du terme, j'écoute bien d'autres genres : free jazz, musiques traditionnelles, punk, new wave, metal, classique, mais je ne dédaigne pas écouter certaines musiques psychédéliques, du hip hop alternatif, du dubstep, du psychobilly, du grindcore, etc.
Tout cet ensemble constitue un panier d'influences musicales dans lequel je puise des idées.
Je sais que j'ai un faible pour certaines musiques et certaines époques telles que les musiques électroniques minimales/industrielles/expérimentales et post punk des années 70/80 ou les gamelans pour citer deux exemples relativement antagonistes parmi d'autres.
J'adore expérimenter, en musique ou dans d'autres formes artistiques.
Je pense que tout se retrouve dans mes compositions. Je joue dans de nombreuses formations aussi bien en harsh noise, qu'en électroacoustique, en breakcore, un punk digital, en minimal wave, en hip hop...
J'ai tendance à tout avaler et tout recomposer et pas seulement en ce qui concerne la musique mais aussi la politique, le monde tel qu'il est... tout cela est intégré, je suis influencé par le monde qui nous entoure à tout niveau. Comme tout un chacun je suppose.

Les 3 plus "grands"
Je ne sais pas vraiment répondre à cette question. D'une part, en citer trois pour moi serait vraiment trop réducteur et d'autre part, il y a tellement de domaines musicaux qui m'intéressent ou m'interpellent que je ne vois qui choisir si c'est limité de la sorte.

Des projets pour l'avenir ?
Des sorties sont prévues pour différents groupes auxquels je participe (Elekore, Tetra plok, Črno klank (Crno klank), Axiome, The klank of črno migs (The klank of crno migs), Le diktat & Kirdec, Black Saturn & Kirdec, etc.), des collaborations avec des artistes divers (Imiafan, Babylon chaos) ainsi que de nouvelles productions sur Syrphe, quelques compilations si tout va bien : l'une reprenant des compositrices expérimentales de Taïwan, du Japon, de Malaisie, de Corée du Sud, l'une incluant des artistes noise d'Indonésie et une troisième reprenant la scène drone et électroacoustique égyptienne.
Ensuite, si mes budgets le permettent, il y aura d'autres sorties mais individuelles, plus de compilations dans l'immédiat. Principalement des artistes d'Asie et du Moyen-Orient sont prévu(e)s pour l'instant.
Je compile des enregistrements lives et studio que j'ai réalisé en collaboration avec divers musicien(ne)s durant ces dernières années aussi bien à Shanghaï, qu'à New York, Athènes, Londres, Paris, Zagreb, Tel Aviv, Singapour... afin de sortir un cd. Je trouve cela dommage que cela moisisse sur un disque dur.
Je travaille sur un projet de dvd reprenant des courts-métrages que je réalise/réaliserai en collaboration avec des artistes des divers pays une fois de plus (Si tout se passe comme prévu : Belgique, Chine, Serbie, États-Unis, Espagne). Je m'occupe/m'occuperai principalement du son, mais pas uniquement, pour une fois.
J'écris un livre exposant les musiques expérimentales et électroniques en Asie et en Afrique de 1944 à nos jours. Une analyse historique, sociale, artistique. Cela devrait être prêt en 2009.
Et puis différents concerts et événements, mais c'est encore assez vague et prématuré, il vaudra mieux suivre l'info sur mes sites.


Crédit photos : (1) Jana Kuhar. (2) Tanya Traboulsi. (4) Joaquim Cauqueraumont. (3-5) Sevil

Agenda :
Live shows et dj sets :
17-20 Octobre, desert près de Aqaba, Jordanie.
16 Novembre, Tel Aviv, Israel.
+ plusieurs shows et dj sets à Tel Aviv et Jerusalem entre le 21 Octobre et le 28 Novembre.
plus d’info sur www.syrphe.com
12 Décembre, Mons Belgium.

© http://www.syrphe.com

Voici une liste (non exhaustive) des différentes formations de Kirdec.

http://www.myspace.com/syrphe
http://www.myspace.com/cdrk
http://www.myspace.com/tetraplok
http://www.myspace.com/elekore
http://www.virb.com/cdrk
http://www.virb.com/syrphe
http://www.virb.com/textolux
C-drik_Kirdec sur Facebook.

Et collaborations, labels, lieux...

http://timeless-network.com/puzzling
http://www.adnoiseam.net
http://www.aluviana.net
http://www.ant-zen.com
http://www.blancmurmure.be
http://www.charleroi-danses.be
http://www.daoanhkhanh.com
http://www.dicksondee.com
http://www.gdmdc.com
http://www.hushush.com
http://www.kokeko.net
http://www.kyronn.net
http://www.onemannation.com
http://www.rivegauche-store.com/independenza
http://www.yanjun.org