Peux tu te présenter en quelques mots, et comment est né Tabas
Je m'appelle Cedric MALO, je vis à Marseille et travaille en tant que graphiste illustrateur free lance.
J'ai débuté en peignant dans la rue, sur des trains et dans des terrains vagues, pour diriger en parallèle mes études vers l'art appliqué. J'ai commencé par travailler dans un studio marseillais renommé, à l'age d'or du rap comme les journalistes et majors appellent ça. A l'époque, je travaillais entre autres avec la fonky family.
Dj djel m'avait demandé de réaliser l'identité visuelle d'une série de mixtape qu'il produisait.
Tous ces gars là fumaient beaucoup, et je voulais proposer un packaging "paquet de clope" pour les k7. Je cherchais un nom pour identifier tout ça, un nom qui fasse du bruit qui sente la rue et la fumée mais ce projet n'a jamais vu le jour. J'ai décidé de garder TABAS pour moi en quittant le studio. C'est de l'argot, un truc proche des gens, une expression qu'on utilise tous les jours : "ça tabas !" C'est faire du bruit, ça claque, ça déboîte ...



Qu'elles sont tes motivations et inspirations ?
Au départ, skate, snowboard, graffiti, indépendance et rebellion liée à notre adolescence dans la société de consommation dans laquelle j'ai grandi. Aujourd'hui j'aspire aux bonheurs simples.
J'ai essayé de réaliser pas mal de mes rêves d'enfants, d'adolescent. Je ne pensais pas vraiment que cela soit possible. Je tente d'aller dans cette même direction, le plus difficile n'est pas de commencer mais de durer sans perdre l'envie. Mon objectif est de continuer à faire ce que j'aime, et la cerise sur le gâteau : c' est d'en faire un métier pour lequel on me paie. Ce métier n'est pas une fin en soi, mais plutôt un moyen d' enrichir ma vie et de voyager davantage, de rencontrer des gens.

Qu'essaies tu de faire passer au travers de tes illustrations ?
Un certain décalage, ludique, en s'adressant au plus grand nombre, sans être commercial et ni pour autant baisser mon pantalon. Injecter du sens autant que des images, essayer de lier le fond et la forme. Un vrai discours est essentiel pour construire un message visuel qui ne soit pas qu'une mode. Je travaille plutôt comme un designer ou un architecte. Je répond a des contraintes, avec un cahier des charges.
La base de mon travail est artisanal, un tout "fait main", des couleurs pop avec une idée simple, loin des prouesses technologiques du tout numérique. Graphistes ou clients, nous avons tous les mêmes ordinateurs et logiciels, j'essaie tant que possible d'amener la dessus, quelque chose de plus personnel.



Peux tu nous parler de tes influences artistiques ?
Dans l'école de graphisme où j'ai débuté, la bibliothèque avait 2 livres : Brody et Carson. Photoshop n'avaient qu'un seul pomme Z. Cela force à être créatif avec deux bouts de ficelles, en se servant de sa tête et de ses mains. Quand j'ai commencé le graffiti, Les bombes ne se vendaient pas encore dans des boutiques spécialisées, et il n'existait qu' 1 livre : "spraycan art". Des gens comme Mode 2 ou Numéro 6 entre autres, pour ne parler que des français, ont montré qu'on pouvait faire autre chose avec une bombe de peinture.

Le graffiti, même s'il est maintenant "mort", a été evidemment une grosse claque qui a teinté tout ce que j'ai pu faire depuis.

Les influences sont diverses. Le cinéma prend un part importante, les médias en général, l'art contemporain même si le désert culturel Marseillais n'est pas propice. Aujourd'hui je dirais ma vie de tous les jours, je suis très curieux et je m'ennuie très vite.



Ton travail fait souvent penser aux petits dessins qu'on pouvait faire enfant, est-ce pour toi un moyen de retrouver une certaine nostalgie ?
Non. Je pense que la société de consommation dont je parlais un peu plus haut, a développé une génération de Peter Pan, Punk No futur acidulé ! Mais je ne parlerai pas de nostalgie, je n' habite pas Neverland. Par contre je lutte pour garder cette fraîcheur que l'on a étant petit.
Comme le disait jacques Brel (dans un interview avec Jacques Chancel en 1973 dans l'émission radioscopie), " On ne quitte jamais l'enfance, les adultes n'existent pas ... On n'en finit pas des rêves qu'on avait quand on était petit. Tout bascule vers 10 ans, quand pour la première fois, l'enfant se demande si ce sont les adultes qui sont cons ou si c'est lui qui se trompe."

Mes gouts sont liés à mon vécu. J'aime les années 70's, la période à laquelle je suis né. La nostalgie c'est quand on a perdu quelque chose. Je n'ai pas ce sentiment. En ouvrant un ancien album de photos de famille, j'ai réalisé que les formes et les couleurs de ma production graphique actuelle, étaient en fait sur le murs et les meubles de mon enfance. Mais j'aime la modernité. J'essaie de développer un travail quotidien, proche des gens. Quelque chose d' accessible et d' affectif. L'illustration est un bon médium.



Comment se passe tes relations avec tes clients ?
Tout dépend des clients. On parle de relations humaines avant tout. C'est donc assez variable. Agence, associations, marques, particuliers, amis... Un jour un client m' a amené son fichier informatique en me disant voilà ce que je veux. Je lui ai demandé combien il prenait ? Il n'avait pas vraiment besoin de moi. Il faut savoir que lorsque j'ai une fuite d'eau, j' appelle un plombier en lui montrant la fuite, mais sans lui expliquer quelle clef il doit prendre pour réparer. Je n'ai jamais vraiment démarché de clients. Les gens avec qui je travaillent, connaissent bien souvent mon boulot avant de me rencontrer. Je tente de construire une relation durable, en impliquant tant que possible mon client dans le processus créatif. Je ne suis pas magicien, je me nourri de ce que l'on m'amène. J'aime avant tout les rencontres, le plus difficile est de trouver les personnes qui vont me permettre de réaliser un "bon" projet, et ce quelque soit le domaine. C'est ce qu' il y a de plus difficile.



Si tu devais donner une définition au mot illustration, ce serait laquelle ?
Je ne sais pas trop, je comparerais cela à un estomac, une digestion lente d'un tas d'ingrédients... La première fois où mon agent d'illustration m'a contacté, j'étais graphiste. Mon travail utilise souvent la typographie illustrée. Ce n'est pas vraiment figuratif. Je ne me vois toujours pas comme un illustrateur. Je ne sais pas dessiner ce que l'on me demande, je propose alors une alternative. Je dirais que les peintres ont peint des natures mortes jusqu'à l' invention de la photographie, ensuite cela a perdu tout son sens. Aujourd' hui en "période de crise", avec le numérique, la photographie est elle aussi en difficulté, au profit de l'illustration, plus flexible et moins coûteuse pour les commanditaires. Par contre ce qui m' intéresse c'est le mélange des genres l' illustration photographiée.



Collage, affichage, 2D, 3D, infographie, Street art... ton prochain défi multimédia ?
J'ai peint les murs de la rue pendant longtemps. Aujourd'hui j'ai une vie de famille, mes envies évoluent. Je veux déplacer mon travail vers l' intérieur. Nous réfléchissons à habiller les différentes partie d'une pièce du sol au plafond, en passant par le mobilier, lit, escalier... C'est un moyen aussi de travailler en collaboration avec d'autres corps de métier, autour d'un même objectif.

Tes projets à venir ?
Après un verre "piscine" l'été dernier, je développe une nouvelle bouteille pour pastis 51 pour l'été prochain.
Il faut remettre tout ça en contexte, à Marseille c'est la boisson nationale. J'aimerai ensuite faire un projet de triplette (pétanque) pour la boule bleue et la boucle est bouclée. J'ai réalisé beaucoup de commandes mais je souhaiterais prendre plus de temps pour des projets plus personnels.
Beaucoup de gens travaillent dans la restauration autour de moi, sucré salé, street fooding, soirées ... J'aimerai lier cette discipline là, à mon travail visuel.



Ton dernier coup de gueule que tu voudrais partager avec nous ?
Pffff ! J'ai l'impression d'être le Jean Pierre Bacri du graphisme marseillais. ;-(

La politique culturelle de la ville ? MARSEILLE 2013 ? La propreté de la ville ? Il semble clair que les objectifs de nos politiques locaux de tous bords sont les élections de 2014, et le moyen de transformer un prétexte culturel en crédibilité électorale, chacun essayant de tirer la couverture à soi au détriment de l'intérêt des gens, à qui cela est destiné. Aucun lieu digne de ce nom n'est encore mis en place pour accueillir des projets d'envergure mais en attendant, montez des projets m'a t on dit ? Comme si on avait attendu. J'espère que ceux qui auront le cran de monter leur propre fonctionnement ne seront pas récupéré.
Jean Claude DINGAU, je ne savais pas que tu t'étais découvert une soudaine passion pour l'art et le graffiti. Y aurait il autre chose que le foot et la lavande dans le sud de la France ?



Un mot pour nos lecteurs ?
Merde à celui qui lira ? Non, ça craint ça...

http://www.tabas.fr
www.bureaudetabas.com
www.flickr.com/photos/bureaudetabas