Peux-tu te présenter en quelques mots et comment t’es venue la passion de la photo ?
Je suis né à Paris et je vis à Bruxelles depuis quelques années.

Je crois que j’ai toujours été fasciné par la photographie. Mon père, en amateur, faisait beaucoup d’images. Je me souviens qu’il me laissait « jouer » avec son appareil. Je ne sais s’il était chargé, mais je sais que j’aimais le bruit du déclencheur.

Avant de me consacrer entièrement à l’image, j’ai beaucoup travaillé la peinture. Puis avec l’avènement du numérique, j’ai trouvé en cet outil un moyen « léger » de créer. Plus besoin d’atelier, d’espace, de toiles à transporter. Le matériel pouvait se résumer à un appareil numérique, un ordinateur portable, et donc la possibilité de créer n’importe où dans le monde, à tout moment. J’ai alors mis la peinture entre parenthèses il y a une dizaine d’années.



Quelles sont tes motivations et inspirations ?
Ma motivation première est de produire une image qui me plaise. Cela pourra sembler simple, voire même simpliste, mais il ne m’est pas évident d’avoir toujours un recul plus ou moins objectif sur son travail. C’est aussi pour cela que je ne montre jamais mon travail à peine terminé. J’ai besoin de laisser passer un peu de temps.

L’inspiration est un acte quotidien. Je suis assez doué pour « faire l’éponge ». J’observe les gens, je lis beaucoup, j’écoute beaucoup de musique, je suis l’actualité du monde. Tout cela doit faire à un moment ou un à un autre, un sacré bordel dans ma tête, que je vais essayer, plus ou moins consciemment de démêler.



Comment choisis-tu de démarrer tes séries, tes projets, tu y réfléchis ou c'est d'instinct ?
Je ne pense jamais en terme de « séries ». Il m’est arrivé, avec Gilles Maselli notamment, de mettre sur pied des sessions communes dans un lieu donné, mais jamais, au moment de la prise, je me dis que cela deviendra une série. Je préfère mille fois travailler d’instinct, me laisser aller à un acte spontané.

En retravaillant mes images, je trouve des liens entre telle et telle photographie. Ce n’est pas pour autant une série. Les séries sont très réductrices, parfois castratrices. Je préfère essayer de raconter des histoires, créer des ponts d’images en images. C’est une façon comme une autre de laisser faire mon imagination.

On ressent bien au travers de tes photos tout ce travail de mémoire, est-ce pour toi un bon moyen de capturer la nostalgie du temps qui passe ?
Je ne sais si j’y parviens, en tous les cas cela fait partie de mes intentions. C’est une drôle de chose que le temps. J’ai un rapport très paradoxal avec lui. Je suis quelqu’un de nostalgique en effet, et par ailleurs, le temps qui passe ne m’effraie pas. J’ai la nostalgie d’une situation, d’une émotion, d’un sourire ; toutes ces choses de nos vies qui nous construisent également. Mais je n’ai aucune nostalgie ni peur de la fuite du temps en elle même. Si tout devait s’arrêter demain, je n’aurais aucun regret.



Comment travailles-tu les ambiances de tes photos ?
En terme de prise de vue, comme je te le disais plus haut, tout est très instinctif. Je regarde, je vois, et très vite, je sais si je peux « capturer » l’image ou non. C’est ici encore un drôle de rapport au temps ; c’est un peu comme si ma pensée était à la traîne de la prise en elle même.

Pour ce qui est du traitement, je ne suis pas un « bidouilleur ». J’utilise des textures, des logiciels de retouches, rien de très original. Mais ce ne sont jamais que des choses très simples ; pas de manipulation au sens propre du terme.

Enfin, quant à la couleur, la tessiture de l’image, j’aime travailler isolé dans mon bureau, avec ou sans musique, cela dépend de l’humeur générale, tard dans la nuit, ou tôt le matin.



Ce que tu aimes par dessus tout photographier ?
J’ai une vraie fascination pour l’urbain au sens large et général. J’aime aussi l’humain en situation dans l’urbain. J’ai beaucoup de plaisir à travailler avec des modèles qui généralement sont des proches, les « installer » dans un paysage urbain et observer ce qui va se passer.

Mais je peux être tout autant fasciné par une ambiance ou un détail. Je suis citadin « pur jus », c’est les pulsations de la ville qui me plaisent finalement le plus.

Ton rapport au numérique, regrets ou bonheur ?
Ni l’un ni l’autre. Je me suis beaucoup expliqué sur ce sujet. En ce qui me concerne, seul compte le résultat, peu m’importe l’outil. Le résultat c’est l’image ; elle est bonne ou elle ne l’est pas. Je me fous, en tant que spectateur et même en tant qu’auteur, de savoir quel appareil a été utilisé. Ce n’est hélas pas parce que l’on utilise un Polaroid SX70 avec un film périmé que cela fera une bonne image.

Dans ma pratique personnelle, j’ai un plaisir quasiment sensoriel à travailler l’argentique avec tout ce que la lomographie notamment peut proposer. Quant au numérique, c’est peut-être le plaisir de l’immédiateté. Ici aussi, finalement, c’est peut-être le rapport que l’on a au temps qui fait la différence.

Mais pour l’essentiel, cela n’est pour moi qu’une guerre de chapelles stérile qui ne mène à rien. Les professionnels de l’art ne s’y trompent du reste pas.



Vis-tu bien de ta passion ?
Disons que je gagne plus d’argent de poche que je n’en recevais de ma famille …

Es-tu un grand partisan de la retouche ou de la manipulation photographique, qu'est-ce que cela apporte à tes photos ?
Je ne travaille pas la « manipulation » au sens propre du terme. Je ne sais pas le faire et je ne cherche pas à l’apprendre. Si je devais « manipuler » mes images, je crois que je préfèrerais revenir à la peinture bien qu’étant un piètre dessinateur.

Quant à la retouche, si elle est nécessaire pour sublimer une image, pourquoi devrait-on s’en priver ? Les pionniers de la photographie, certes sans l’outil informatique, l’utilisaient déjà lors de leurs tirages, puis avec des encres etc. Encore une fois, ce n’est que l’outil qui a évolué ; pas le principe en lui même.



Peux-tu nous parler de tes influences artistiques qu'elles soient graphiques, cinématographiques ou musicales ?
Mes influences me ramènent toujours vers la peinture. Il m’est difficile d’oublier Rothko, Soulages ou Motherwell pour ne citer qu’eux. Je suis assurément influencé par des metteurs en scène ou des musiciens (Lynch, Sakamoto, Satie etc.) mais je crois que cette influence là fait partie de mon travail « d’éponge » dont je te parlais plus haut.

Ton photographe de chevet, si tu devais n'en choisir qu'un, et pourquoi lui ?
Si je dois n’en choisir qu’un alors ce sera Robert Mapplethorpe. C’était un « touche à tout » de génie, d’une rigueur fascinante. Son univers partagé entre la pure poésie et le trash ou parfois le glauque me sidère totalement.

Tu veux dire quelque chose à quelqu'un, et bien c'est le moment.
En général et en particulier ; merci.

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