Imaginez 1963, époque où la France se la joue coincée mais bande en secret pour Brassens et les yéyés proprets. Colette Renard, cette grand-mère du réalisme qui a joué dans Irma la Douce (oui, la pute rigolote de Billy Wilder), lâche « Les Nuits d’une Demoiselle » sur l’album La Foraine. Un missile érotique pur : neuf couplets qui listent les galipettes d’une donzelle sous l’étoile de Vénus, avec des métaphores de ouf genre « ramoner l’abricot » (cunnilingus, pour les darons), « suçoter la friandise » (pipe deluxe) ou « gâter le matou » (tripoter les couilles). Tout ça rimé croisé, chanté avec une gouaille théâtrale qui fait bander les poivrots du bistrot.
Le twist final ? « Le jour… je baise, tout simplement. » Boom, fini les euphémismes poétiques, direct dans les dents de la pudibonderie gaulliste. Censurée à la TV (logique, on va pas montrer ça à mamie devant son Camembert), mais tube grivois en bootlegs et 45 tours « épurés » pour les coincés. Paroles de Renard, musique de Guy Breton et Raymond Legrand : un trio qui a fait plus pour la libération sexuelle que Mai 68.
Colette, la mamie punk avant l’heure
Née en 1924 à Ermont, Colette Lucie Raget grimpe avec Nini, peau d’chien et des rôles au Cinéma. Morte en 2010, elle laisse un legue paillard : des albums entiers de chansons à boire et à fourrer, style Les Vieux Métiers ou Bijou, bijou. Dans un monde de Johnny pour l’instant encore « clean » et d’une Sheila gentille, elle est la reine du folklore trash, précurseure des Gainsbourg érotiques. YouTube déborde de montages viraux, preuve que le coquin français ne vieillit pas.
Pourquoi c’est culte ?
C’est l’anti-chanson propre : humour cru, diction impeccable, 2 minutes de pure hérésie joyeuse. Symbole d’une France qui se branle en cachette avant la pilule. Reprises par des drag queens et samples trap underground ? Pas encore, mais ça viendra.
Écoutez-la fort, et rigolez des puritains qui s’offusquent toujours en 2026. Vive la demoiselle qui nique les tabous !

