Margaret Lee, c’est l’incarnation audacieuse de la beauté fatale à l’italienne, façon shaker psyché et éclats pop. Née à Wolverhampton, elle débarque dans les années 60 sur les plateaux italiens, première mue en Marilyn mutine, star des comédies burlesques où elle illumine les buddy-movies aux côtés de Franco & Ciccio. Mais Margaret ne compte pas se laisser enfermer dans l’image sage de la blonde pétillante : rapidement, elle fait virer sa chevelure au brun ténébreux et devient l’une des visages les plus électriques du cinéma de genre, passant du rire à la tension en un battement de cils.

La mutation ne se limite pas à sa couleur de cheveux. Margaret Lee, dans le sillage débridé de l’Eurospy, ne se contente pas d’imprégner l’écran : elle le contamine, le tourmente, l’envoûte. Sa sensualité vénéneuse s’infiltre partout, avec une prestance qui confine à l’hypnose. Elle débarque en espionne de l’extrême, maniant le sarcasme comme une arme fatale, balançant des regards assassins capables de liquéfier toute résistance. On croyait avoir affaire à une simple fantasme, à une Marilyn sauce méditerranéenne… Erreur fatale.
Margaret explose le cliché : elle manipule les hommes, détourne les intrigues, rebondit dans le chaos des scénarios, toujours là où on ne l’attend pas. Son rôle de Betty, la maîtresse de Jim Beckley et associée de Denis Farand, incarné par Jean Gabin dans le Soleil des voyous de Jean Delannoy, en est le meilleur exemple.

Jamais accessoire, toujours imprévisible, Margaret crée une tension sous-jacente qui plane sur tout le film. C’est elle la variable anarchique, la complicité explosive : proche, mais jamais docile, irrésistible mais terriblement insaisissable. Elle incarne la partenaire à double fond, la femme en mode hors-piste. Sa beauté sur l’écran ne fait pas que fasciner, elle infecte, galvanise, irradie chaque scène, comme un virus iconique qui sème le trouble dans toutes les certitudes du cinéma bis.

Margaret, c’est ce venin élégant qui s’insinue derrière le glamour, qui casse le rythme du récit classique et fait basculer le film dans l’électricité pure. Et quand elle apparaît à l’écran, c’est le doute, la sueur et l’adrénaline : la beauté fatale, celle qui ne laisse personne indemne.

Margaret Lee dynamite le cadre du simple fantasme : chaque fois qu’elle apparaît, c’est une onde de choc. Sur le plateau, elle transforme toute interaction en duel stylisé, savamment dosé entre feinte de tendresse et menace subtile. Jamais soumise, toujours sur le fil, elle tend des pièges à ses partenaires, les pousse dans leurs retranchements, et réinvente la partition du face-à-face cinématographique.

Rivaliser avec Margaret, c’est jouer contre une adversaire qui ne respecte aucune règle sinon celle du panache. Son magnétisme contamine chaque plan, chaque dialogue : impossible d’être indifférent, encore moins de résister. Elle insuffle au moindre rôle une touche de chaos sexy, cette pulsion vive qui fait basculer le film dans le culte. Sa beauté est une arme, son regard une menace, sa présence une promesse de transgression.
Parmi ses rôles les plus marquants, Margaret Lee incarne cette panique chic et subtile dans Fureur sur le Bosphore (1965) de Sergio Grieco, un film d’espionnage où elle joue Evelyne, la partenaire insaisissable de l’agent secret Dick Malloy. Dans ce décor international mêlant Istanbul et Paris, Margaret insuffle à son personnage une élégance à fleur de peau, entre mystère et charme mordant. Son jeu, tantôt doux, tantôt percutant, donne vie à une héroïne à la fois vulnérable et pleine de ressources, l’équilibre parfait entre la beauté et la tension.

Dans Le Tigre se parfume à la dynamite de Claude Chabrol, elle explore la duplicité magnétique, incarnant une femme dont le parcours balance entre complicité ambiguë et danger latent. Avec une aisance naturelle, elle déploie un charisme chargé d’ironie et d’électricité, renforçant l’atmosphère électrisante du film où l’espionnage se mélange au jeu du pouvoir et de la séduction.
Enfin, dans Opération Marrakech, Margaret Lee incarne Samia Voss et elle fait respirer une ambiguïté pure, un cocktail subtil de séduction et de menace, entre sable brûlant et suspense haletant. Partout, elle laisse son empreinte : une force tranquille qui électrise l’écran, tissant un fin équilibre entre fantasme noir et provocation pop, signature de ce cinéma bis hors normes.
Sa collaboration avec Klaus Kinski, avec qui elle partage l’affiche dans une douzaine de films, est une autre facette de son aura exceptionnelle. Leur duo surchauffé à l’écran flirte avec la folie, un érotisme à vif, cassant les normes et bousculant les tournages. Entre tension dramatique et sensualité crue, ils portaient ensemble une énergie brute et insoumise, créant des moments cultes qui traversent encore le temps.
Dans la clinique sanglante, elle incarne Cheryl une femme fragile, tourmentée, parfois exposée avec une frontalité érotique caractéristique du genre, mais qui est loin d’être passive. Elle sert d’appât pour l’inspecteur menant l’enquête, mais Margaret réussit à donner à son personnage une touche de grande nervosité, de tension sous-jacente, oscillant entre victimisation et résistance.
Au-delà des simples anecdotes de plateau, ces moments où Margaret Lee, d’un regard ou d’une réplique trempée dans l’acide, transforme le moindre second rôle en scène culte instantanée… elle a inscrit une empreinte indélébile. Sa beauté fatale dépasse largement le cadre du simple du charme vénéneux. Margaret ne se contente pas d’être une présence séduisante : elle attaque, elle dérange, elle électrise les écrans avec la force d’une onde de choc, émanant directement de l’âge d’or déjanté du cinéma bis italien.

Son jeu incarne cette tension vibrante entre charme irrésistible et danger latent, un cocktail explosif qui a marqué toute une génération de cinéphiles en quête de sensations fortes. Même après l’arrêt brutal de sa carrière au début des années 80, son aura continue de hanter les esprits, telle une flamme jamais éteinte. Margaret Lee reste cette figure culte, impossible à oublier, qui synthétise à elle seule tout ce que le cinéma bis peut offrir de plus sauvage, magnétique et iconoclaste.
Margaret Lee (1943 – 2024)