Janelle Monáe signe avec « I Like That » en 2018 un manifeste de puissance tranquille, un slow-banger R&B qui préfère la cold confidence aux démonstrations pyrotechniques. L’histoire raconte son passé,pas si facile.
Un R&B mutique, assuré
Sur le papier, « I Like That » coche toutes les cases du R&B contemporain poli, mais Monáe y injecte une écriture de survivante sociale, entre souvenirs de moqueries au lycée, fringues de friperie et rap de revanche murmurée. La prod glisse sur un beat ralenti, des nappes soyeuses, une basse en apesanteur, comme si quelqu’un mettait de l’auto-tune sur une confiance en soi durement gagnée. Elle alterne chant aérien et flow semi-parlé, transformant chaque punchline intime en mantra de self-love toxiquement doux.
Manifeste de l’outsider
Le morceau repose sur un principe simple : on l’a traitée de « weird », notée « 6/10 », rangée en marge, et elle en fait un trône. Les souvenirs d’humiliation (pas les bonnes fringues, pas les bons codes) deviennent carburant, jusqu’à ce renversement permanent : ce que le monde classe comme défaut devient précisément ce qu’elle « like » chez elle. C’est moins une success story qu’un mode d’emploi pour être à l’aise dans son étrangeté, sans demander validation à personne.

Un clip comme séance d’hypnose
Visuellement, le clip ressemble à une séance d’hypnose futuriste : Janelle trône au centre du cadre, entourée de figures démultipliées d’elle-même qui oscillent entre muse, fantôme et divinité intérieure. Les plans la transforment tour à tour en modèle de magazine, sujet de laboratoire et prédatrice élégante, comme si chaque « elle » rejetée par le monde prenait enfin sa revanche dans la lumière artificielle du studio. Le décor minimaliste, les textures lisses, les compositions symétriques installent une distance clinique, parfaite pour un titre qui parle d’émotion mais refuse le pathos.

Le culte de la singularité
« I Like That » a tout d’un hymne discret pour freaks fonctionnels, ceux qui ont survécu à la cour de récré Pas de grand cri révolutionnaire, mais une lame fine qui passe entre les côtes de la normalité : accepter de ne pas rentrer dans le moule, sans en faire une posture marketing, juste une condition de survie. Monáe ne demande pas qu’on l’aime, elle constate simplement qu’elle s’aime assez pour que le reste devienne secondaire, et c’est peut‑être la forme de violence la plus élégante que la pop puisse infliger au réel.
Un hymne pour survivre au harcèlement scolaire

Ce titre fait malheureusement encore écho à ce fléau qu’est le harcèlement scolaire. En France en 2026, le harcèlement scolaire frappe comme une lame récurrente : 700 000 élèves en seraient victimes chaque année, selon les derniers chiffres du ministère de l’Éducation nationale, avec une explosion des cas numériques via Snapchat et TikTok où insultes et doxing se muent en cauchemars 24/7. Comme les « weirdos » moqués par Janelle Monáe pour leurs fringues ou leur démarche gauche, les gamins d’aujourd’hui endurent les insultes, moqueries et intimidations lapidaires des groupes WhatsApp, les exclusions ritualisées en cour de récré, jusqu’à ce que l’estime de soi s’effrite en silence, un écho glaçant à ce self-love qu’il faut d’abord survivre pour reconquérir. Derrière les campagnes #TousUnis, la réalité reste brutale : suicides adolescents en hausse de 30% en cinq ans, et des bahuts où le bizutage 2.0 perdure, transformant l’école en grotte scellée pour les marginaux fonctionnels de demain.
instagram.com/janellemonae
| Prix ASCAP – 2019 | Meilleurs titres R&B/Hip-hop |
Label : Wondaland – Bad BoyAtlantic
Album : Dirty computers
Production : Organized Noize – Nate « Rocket » Wonder – Chuck Lightning – Janelle Monáe
Auteurs-compositeurs : Janelle Robinson – Nathaniel Irvin III – Taylor Parks – Ray Murray – Rico Wade – Patrick L. Brown.
Clip : Lacey Duke

