Moment of 80’s / Relax – le cri orgasmique censuré de Frankie Goes To Hollywood

« Relax » de Frankie Goes To Hollywood, c’est l’instant précis où la pop anglaise des années 80 décide de faire sauter les verrous du bon goût, du sexe caché et de la morale télévisuelle, le tout sur un beat synthétique taillé pour les clubs.

Le contexte : Thatcher, sueur et latex

Nous sommes en 1983, en pleine Angleterre thatchérienne, avec une société corsetée, un conservatisme militant et une scène musicale qui oscille entre la fin du punk et l’avènement de la synthpop clinquante. Frankie Goes To Hollywood débarque de Liverpool avec Holly Johnson, chanteur ouvertement gay, et une imagerie qui pioche autant dans le cuir SM que dans les affiches de propagande. Le titre produit par l’esthète Trevor Horn pour son récent label ZTT records arrive comme un pavé dans la vitrine de Top of the Pops : rythmes électroniques irrésistibles, basse qui ronronne, voix susurrée puis injonctive, et surtout texte plus que suggestif sur l’orgasme, le désir et la retenue.

Le clip original

Les paroles : l’orgasme comme champ de bataille

Sur le papier, Relax pourrait n’être qu’un slogan de détente façon méthode Coué : « Relax, don’t do it ». Sauf qu’ici, le « don’t do it » parle clairement de sexe, de moment où « tu veux venir », de pulsion que l’on retient, détourne, canalise dans la bonne « direction ». Derrière le double sens à peine voilé, c’est un morceau sur le plaisir assumé, le désir homoérotique, et la façon dont le corps devient terrain de lutte contre la morale dominante. Le refrain fonctionne comme un mantra ironique : on dit au corps de « ne pas y aller », mais tout dans la musique, montée de tension, gimmicks de cuivres synthétiques, explosions de chœurs… hurle l’inverse.

La censure : quand la BBC fait la promo

La BBC finit par s’en rendre compte et panique. En janvier 1984, au moment où le titre grimpe dans les charts, la radio nationale décide de le bannir, officiellement pour ses paroles « obscènes » et son imagerie jugée trop homosexuelle. Ironie absolue : cette interdiction transforme Relax en objet de convoitise, en disque qu’il « faut » posséder, écouter, passer en douce dans les soirées. Le morceau devient numéro 1 au Royaume‑Uni et se vend à plus de deux millions d’exemplaires rien que là-bas, propulsé par la curiosité et la réputation de morceau « qu’on n’a pas le droit de passer ».

Le clip version laser

L’esthétique : club SM, lasers et apocalypse pop

Le premier clip, réalisé par Bernard Rose (futur réal de Paperhouse et Candyman), plante le décor dans un club SM gay dégoulinant de sueur, de cuir et d’animaux exotiques, avec le groupe perdu au milieu d’un carnaval décadent. On y voit la société policée de Thatcher refoulée dans la ruelle, pendant qu’à l’intérieur les corps s’entrechoquent sans demander la permission. Face au scandale, un second clip est tourné par Godley & Creme : le groupe joue sur scène, entouré de lasers, comme si Relax devenait l’hymne officiel d’une techno‑dictature ultra‑lumineuse. On passe ainsi d’un imaginaire club SM à une sorte de pop dystopique, où la musique électronique devient une arme d’occupation mentale.

Héritage : hymne queer, panic moral et années 80 fantasmées

Relax est rapidement adopté comme hymne queer, symbole d’une pop qui ne s’excuse plus d’être sexuelle, ambiguë et frontale. Sa censure par la BBC la classe dans la grande lignée des morceaux interdits devenus classiques, preuve que la morale publique arrive toujours avec un métro de retard sur le dancefloor. Aujourd’hui, le titre hante les bandes originales de films, séries et jeux vidéo obsédés par les années 80, de GTA : Vice City à des univers façon Watchmen, comme raccourci sonore vers une époque de néons, de sueur et de provocation programmée. Ce qui était vécu comme scandaleux en 1983 paraît presque « soft » en 2026, mais rappelle que dans la pop, chaque gémissement censuré devient un futur standard que l’on hurlera en chœur.

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