La Hyundai Excel 1988 rouge, pilotée par le caïd Ferris dans Boyz n the Hood, n’est pas qu’une vulgaire caisse coréenne bon marché. Ce bolide écarlate hurle la contre-culture des années 90 : réalisme brut, menace urbaine et subversion du luxe clinquant dans les rues de South Central. Symbole d’une Amérique périphérique, elle cogne fort contre l’esthétique gangsta bling-bling de l’époque.
Une bagnole de ghetto qui claque
Oubliez les Cadillacs rutilantes des pimps de harlem ou les Low Riders chicanos. Cette Excel 1988, première traction avant de Hyundai, incarne le quotidien authentique du ghetto : pas de chrome tape-à-l’œil, juste un rouge vif qui tranche dans le bitume craquelé. À 5000 dollars neuve, elle était l’entrée de gamme pour les prolos, elle s’est vendue à 168 000 exemplaires dès la première année, prouvant que la contre-culture préfère la fiabilité cheap au show-off bourgeois. Dans le viseur de Ferris, elle devient une arme visuelle, pop et menaçante, reflet d’une génération qui roule sans chichi mais avec du style rebelle.

Moteur de révolte et design brutal
Sous le capot, un 4-cylindres carburé ou injecté, couplet à une boîte manuelle ou auto, crache 66 à 71 ch pas de quoi rivaliser avec une muscle car, mais, c’est parfait pour cruiser sur Crenshaw Boulevard en mode relou. Lancée en 1985 comme remplaçante de la Pony, l’Excel X1 de 1988 arbore un look anguleux, phares rectangulaires et calandre basique, liftée en 89 pour coller à la Sonata plus classe. Avec son rouge « Bloods », elle se mute en icône ciné : pas flashy, mais omniprésente, contrastant avec les Impala lowriders des hispaniques de East LA, pour un réalisme qui tabasse le mythe du succès automobile yankee.

Symbole contre-culturel explosif
Ferris, le dealer psychopathe joué par Raymond D. Turner (décédé l’année dernière, jour pour jour), sème la terreur au volant de cette « pièce de crap » moquée en son temps, mais culte aujourd’hui. Elle incarne la subversion : une import coréenne dans un film qui dénonce racisme, violence et désespoir noir, pour secouer le Hollywood mainstream. Fans et modélistes la chinent encore sur Reddit, preuve que cette bagnole transcende le cinéma pour squatter l’imaginaire underground, un fuck you aux puristes auto qui snobent le low-cost asiatique.

Héritage rouillé mais immortel
Trente-cinq ans plus tard, l’Excel rouge de Boyz n the Hood (1991) reste un pilier de la contre-culture ciné : réaliste, accessible, percutante, elle ridiculise tous les symboles. Produite jusqu’en 94, puis remplacée par l’Accent, elle marque l’ascension de Hyundai des bas-fonds au top, de la misère à la légende. Dans un monde obsédé par l’électrique, cette caisse écorchée vive rappelle que l’art punk, c’est rouler sale et fier avec une bagnole éternelle d’une rébellion qui ne rouille pas.

