La dernière séance : Eddy ouvre le Palace et le Trianon pour 385 films cultes !

La Dernière Séance, ce n’était pas seulement une émission de télé : c’était un rituel du soir, un dernier cinéma de quartier posé au milieu du salon, avec Eddy Mitchell en ouvreur mélancolique et goguenard à la fois.

Un cinéma de quartier sur FR3

Lancée le 19 janvier 1982 sur FR3 par le producteur Gérard Jourd’hui, La Dernière Séance proposait deux classiques du cinéma américain par soirée, comme une vraie séance du temps d’avant, actualités, cartoons Tom & Jerry et Tex Avery, réclames et entracte compris.
Au lieu du flux anonyme de programmes, on entrait dans une salle bien précise, un cinéma figé dans les années 50, où la télévision se prenait soudain pour la grande toile, avec projecteurs, rideau rouge et parfum de pop-corn fantôme.​

Eddy en maître de cérémonie

Au guichet, avec la banane 50’s en mode permanent des 80’s, Eddy Mitchell accueillait les téléspectateurs comme des habitués, tutoyant les westerns et les films noirs de sa jeunesse.
Son émission portait le même titre que sa chanson de 1978, ode aux cinémas de quartier qui disparaissaient un à un, avalés par la télévision… ironie douce-amère pour ce chanteur-cinéphile devenu gardien de ces images sur le petit écran.

Gérard Jourd’hui et Eddy Mitchell

Le rituel d’une vraie séance

La structure était celle d’une vraie soirée au cinéma : un cartoon en guise d’amuse-bouche, un premier film doublé en VF, des actualités d’époque, un second cartoon (le Tex Avery que tout le monde attendait) , des publicités vintage, puis un film en version originale sous-titrée, avant les bandes-annonces de la prochaine émission.

Le cartoon de Tex Avery tant attendu entre les deux fims

On ne « zappait » pas La Dernière Séance, on la vivait en continu, du générique au dernier fondu au noir, comme si quitter l’écran avant la fin revenait à sortir de la salle en plein milieu d’un plan sur Gary Cooper.​

Un voyage dans l’Amérique rêvée

Alan Ladd

À l’affiche, défilait un panthéon de cinéphilie populaire : westerns en Technicolor, séries B de science-fiction (je me rappellerai toujours de ma première vision de « Forbidden Planet »), films B de la RKO, films de guerre et mélodrames, portés par des visages totems comme John Wayne, Gary Cooper, Burt Lancaster, Robert Mitchum, Glenn Ford, Kirk Douglas, Audie Murphy, Alan Ladd ou encore Randolph Scott…

Pour une génération de téléspectateurs, ces mardis ont été le premier passeport pour l’Amérique des drive-in imaginaires, des shérifs fatigués, jusqu’à la fameuse séance en relief de L’Étrange Créature du lac noir avec les lunettes rouge et bleu arrachées au kiosque à journaux.

Décor figé, temps suspendu

Tournée dans de vrais cinémas de faubourg comme Le Trianon à Romainville ou l’entrée du Palace de Beaumont-sur-Oise, l’émission peuplait ses travées de figurants en costume d’époque, ouvreuses et voitures rétro à la clé, recréant un décor où rien ne semblait devoir changer.

Cinéma le Palace à Beaumont-sur-Oise pour la scène extérieure
Cinéma le Trianon de Romainville pour les scènes intérieures

Au fil des 192 émissions et de 385 films diffusés entre 1982 et le 28 décembre 1998, La Dernière Séance a bâti une petite ville fantôme dans la mémoire collective, un endroit où il fait toujours nuit, où il pleut parfois sur les néons, mais où la lumière revient inlassablement quand s’ouvre le rideau sur un vieux logo MGM.

Une nostalgie qui ne s’éteint pas

Quand FR3 (devenue France 3) a tiré le rideau en 1998, ce n’est pas seulement un programme qui disparaissait de la grille, mais une façon de regarder les films : lentement, religieusement, avec le sentiment d’appartenir à une confrérie de noctambules.
Les rediffusions mensuelles sur la chaîne Action n’effacent pas cette impression étrange que La Dernière Séance était déjà, à sa naissance, le souvenir de quelque chose de perdu : un monde où l’on faisait encore la queue devant la caisse, où l’on glissait un ticket froissé à une ouvreuse, avant de disparaître dans le noir pour deux heures, seul avec les géants de Hollywood et la petite voix grave d’Eddy qui murmurait, à la fin : « Voilà, c’est fini… La dernière séance est terminée. »

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